Une aire de camping-cars à 542 000 euros divise le conseil communal

Le projet de création d'une aire d'accueil pour camping-cars aux abords du lac de Vielsalm a suscité plusieurs réactions lors du conseil communal du 12 octobre. Si le bourgmestre Élie Deblire et l’échevin Simon Lejeune défendent un investissement destiné à renforcer l'attractivité touristique et à soutenir le commerce local, les conseillers de la minorité Jérôme Derochette et François Rion s'interrogent sur son coût et son opportunité dans un contexte économique particulièrement difficile pour de nombreux citoyens.

Soulignons d’emblée que le projet a été adopté majorité (sauf l’abstention de la conseillère Léa Bomboir) contre opposition.

Un projet de longue date dont le coût interpelle

L'idée remonte à novembre 2021, lorsque le conseil communal de Vielsalm avait marqué son accord de principe sur la création d'une aire d'accueil d'une dizaine d'emplacements pour camping-cars, à proximité du plan d'eau et du centre-ville.

Après une première demande de subvention rejetée en décembre 2022 en raison d'un dossier jugé incomplet, la Commune a poursuivi ses démarches. Un nouvel avant-projet (auteur de projet, la Sprl l’Arche Claire, dossier constitué par Idelux) a finalement été approuvé par le collège communal en septembre dernier : il prendrait place sur le petit lopin de terre situé entre la Salm et la route qui descend de la gare vers le lac.

(une petite vue automnale du terrain situé près de la gare, du hall sportif Les Doyards et du lac)

Le montant de l'investissement atteint désormais 541 950 euros TVAC, honoraires et travaux compris. La Commune sollicite une intervention de Tourisme Wallonie, dont le taux de subventionnement annoncé est de 60 %. La part communale s'élèverait donc à 230 359 euros.

L’échevin Simon Lejeune a commenté le dossier. 

Selon le cahier des charges, les composantes du programme (qui peuvent encore évoluer) sont les suivantes :  

12 emplacements ; accès à partir du nord de la parcelle ; service de vidange des eaux usées ; approvisionnement en eau ; approvisionnement en électricité ; local poubelles ; espaces engazonnés pour la détente des motorhomistes ; traitement des abords directs (adaptation des accès, connexion aux voiries existantes, plantation des espaces non accessibles aux motorhomistes, etc.) ; Vidéosurveillance…

Le montant de l’investissement et la part qui pourrait être prise en charge par la Commune ont particulièrement interpellé le conseiller communal François Rion qui a souligné l'évolution du budget consacré à cette infrastructure. Alors qu'une inscription de 320 000 euros figurait initialement au budget 2026, les montants évoqués dans le cadre de la modification budgétaire atteignent désormais quelque 560 000 euros. L'élu a également rappelé les frais liés à l'intervention d'IDELUX et à l'acquisition du terrain.

Face à cette évolution, François Rion a appelé le Collège à revoir sa copie. Il a notamment suggéré d'examiner les réalisations d'autres communes, éventuellement en dehors de la province de Luxembourg, afin d'identifier des modèles d'aménagement moins coûteux. Le conseiller n'a pas exclu la possibilité de réaliser un projet plus modeste, quitte à renoncer aux subventions régionales si cette solution permettait de mieux maîtriser les dépenses.

« Est-ce vraiment la priorité du moment ? »

De son côté, Jérôme Derochette a justifié son vote négatif en mettant l'accent sur la situation économique et sociale actuelle. S'il avait initialement soutenu le principe d'une aire d'accueil pour camping-cars, le conseiller explique ne pas avoir imaginé un projet d'une telle ampleur financière, d'autant plus dans un contexte où de nombreux ménages salmiens peinent à joindre les deux bouts.

« À l'heure où les temps sont difficiles pour de nombreuses personnes, à l'heure où les fins de mois sont de plus en plus compliquées pour beaucoup de citoyens, il me semble parfaitement déraisonnable de dépenser de tels budgets dans des projets qui semblent, en l'état, très accessoires au regard des difficultés que traversent de nombreux citoyens et de leurs préoccupations du moment. », a-t-il déclaré.

Pour Jérôme Derochette, le débat dépasse la seule question touristique. Il s'agit plus fondamentalement de s'interroger sur les priorités que doivent se fixer les pouvoirs publics dans une période où les économies budgétaires sont devenues un enjeu central. « En matière d'économies, il y a les bonnes économies et les mauvaises économies. Les mauvaises économies, ce sont celles qui se font sur le dos du pouvoir d'achat ou des services non marchands à caractère social. Les bonnes économies, ce sont celles qui consistent à trier les projets et à reconnaître que ceux qui sont moins prioritaires peuvent attendre, être gelés ou différés. » Le conseiller estime que l'aire de camping-cars relève précisément de cette seconde catégorie.

Il a également rappelé que Vielsalm dispose déjà d'une offre touristique conséquente en l’état et que la création d'un équipement supplémentaire, aussi intéressant soit-il, ne constitue pas nécessairement une urgence. « Le tourisme, c'est bien, les projets, c'est bien. Mais est-ce vraiment la priorité du moment ? Quelle est encore la place de l’enjeu social dans la politique communale ? » Selon lui, les économies réalisées sur des projets facultatifs pourraient notamment contribuer à préserver d'autres services ou, éventuellement, à alléger certaines taxes pesant sur les habitants.

(Une esquisse du site figurant dans le cahier des charges...)

Des interrogations sur l'avenir du tourisme en camping-car

Jérôme Derochette a également attiré l'attention du Collège sur les incertitudes qui entourent les perspectives du marché du camping-car. Le prix élevé des véhicules, la hausse des coûts d'entretien et de déplacement, l'évolution des prix des carburants ou encore les contraintes environnementales susceptibles de peser sur les véhicules les plus anciens constituent, selon lui, autant de facteurs à intégrer dans la réflexion.

Sans prétendre que ce mode de tourisme soit voué au déclin, il considère qu'investir une somme aussi importante nécessite de s'interroger sur l'évolution des habitudes de voyage et sur la pérennité de la demande. « Agir, c'est aussi prévoir », a-t-il conclu sur cet aspect.

Élie Deblire défend un soutien au commerce local et un projet engagé de longue date

Face aux critiques, le bourgmestre Élie Deblire a défendu les ambitions de la Majorité. Il a d'abord rappelé qu'il s'agissait d'un projet engagé depuis plusieurs années et que le collège souhaitait désormais mener à son terme.

Pour le bourgmestre, la création d'une aire correctement équipée répond à plusieurs objectifs complémentaires. Elle permettrait tout d'abord d'améliorer l'accueil des camping-caristes alors que Vielsalm ne dispose pas actuellement d'une infrastructure spécifique répondant à leurs besoins. Cette absence d'équipement pourrait dissuader certains touristes de faire étape dans la commune, malgré son attractivité.

Mais le principal argument avancé par Élie Deblire concerne les retombées économiques potentielles pour le commerce local. L'installation d'une aire à proximité du centre-ville pourrait encourager les visiteurs à fréquenter les commerces, les établissements Horeca et les différents services de Vielsalm.

Le bourgmestre a également insisté sur les avantages environnementaux d'une infrastructure adaptée, notamment en matière de gestion des eaux usées et des équipements techniques nécessaires à l'accueil des camping-cars.

Enfin, il a tenu à répondre aux interrogations de Jérôme Derochette sur la place accordée aux enjeux sociaux dans les choix politiques de la commune : « Le Collège communal reste particulièrement attentif à ces préoccupations et il ne faut pas opposer systématiquement les investissements touristiques aux politiques sociales ».

« Ce n'est pas le bon timing »

En réponse, Jérôme Derochette a souhaité clarifier sa position pour éviter toute interprétation de ses propos comme une remise en cause générale de l'action sociale du collège. « Je ne remets évidemment pas en cause le fait que la politique actuelle du Collège intègre les enjeux sociaux. Je dis simplement qu'on est dans une époque où l'enjeu social doit être extrêmement déterminant. »

Le conseiller a évoqué une population qui se sent de plus en plus pressurisée financièrement et qui attend des pouvoirs publics qu'ils fassent preuve de discernement dans l'utilisation des moyens disponibles. Il a rappelé que les communes, en tant qu'échelon politique le plus proche des citoyens, devaient traduire cette proximité non seulement dans leurs discours, mais également dans leurs décisions.

« Ce projet, en l'état actuel, ce n'est pas le bon timing. », a-t-il conclu. Tout en reconnaissant qu'il faudra, tôt ou tard, aménager le terrain concerné, Jérôme Derochette estime qu'aucune urgence absolue n'impose de réaliser immédiatement un investissement de cette ampleur. Il a néanmoins reconnu les contraintes liées au calendrier des subventions et la volonté de la majorité d'aller au bout de la démarche engagée.

Quelles retombées économiques ?

Quant aux retombées économiques invoquées par le bourgmestre, le conseiller de la minorité a rappelé qu'il s'agissait d'une possibilité de soutien au commerce local mais certainement pas d'une garantie. François Rion a ajouté : « A raison de quelques personnes par camping-car, même en partant du principe que le site serait occupé à 100% en permanence, on ne parle pas d’un effet phénoménal sur l’économie locale, c’est certain ».

Une réalisation encore conditionnée à la subvention

Élie Deblire a indiqué que le lancement du marché public permettrait de connaître plus précisément le montant des travaux et d'envisager, le cas échéant, certaines économies sur les aménagements envisagés. Par ailleurs, l'obtention de la subvention régionale demeure une condition déterminante. En cas de refus, la Majorité a indiqué que le projet devrait être revu ou pourrait être abandonné sous sa forme actuelle. 

Reste que le débat pose une question plus large : dans un contexte où les citoyens sont appelés à multiplier les efforts financiers, les pouvoirs publics ne devraient-ils pas, eux aussi, accepter de reporter ou de réduire certains projets jugés moins essentiels ? Chacun se fera son avis sur la question à la lueur du débat.