Avril-Mai 1945: hommage au 12e Bataillon de Fusiliers "Remagen" et à ses volontaires de guerre salmiens

(Belle photo de Gaston Blanchy prise lors d'une reconstitution de combats à Rencheux-Vielsalm)

Gilbert Maréchal de Goronne, mort au combat à Remagen, le 21 avril 1945,faisait partie du 12e bataillon de Fusiliers.

Les commémorations et cérémonies du souvenir se suivent depuis quelques mois et elles sont notamment l’occasion de mettre à l’honneur de valeureux combattants alliés, de chez nous ou d’ailleurs, comme le Salmien Joseph Wathelet et bien d’autres.

Le lundi 11 mai 2015, au monument du souvenir à Goronne, comme chaque année, les noms d’habitants de Goronne et d’Arbrefontaine « morts pour la patrie » ont été déclinés à haute voix, une manière, bien entendu, de leur rendre hommage et, surtout, de ne pas les oublier.

Parmi ces noms, celui de Gilbert Maréchal.

Gilbert et Julien Gennen sont des amis inséparables depuis leur enfance.  Un trou dans la haie qui sépare les maisons familiales facilite leurs retrouvailles quotidiennes.

Rien d’étonnant donc si on les retrouve ensemble dans la Résistance, dans l’Armée secrète au Bois Saint-Jean avec d’autres comme Jacques Wetz, Armand Leblicq et José Nizet.

Et c’est à la caserne de Rencheux où ils viennent de livrer un soldat allemand qu’ils ont fait prisonnier dans la campagne goronnaise, que Gilbert et Julien se voient proposer de s’engager comme volontaires de guerre.

C’est la 4e compagnie du 12e Bataillon de Fusiliers qui les accueille et avec laquelle, leur bataillon étant intégré au 1er groupe d’armée américain, ils franchissent le pont de Remagen dont la prise constitue un épisode important de l’offensive alliée en direction de l’Elbe.

Quatre volontaires pour une mission dangereuse

Le 21 avril 1945, la 4e compagnie cantonnée près de Padberg, est sollicitée pour une mission de reconnaissance en vue de localiser un groupe de soldats SS.

Il faut quatre hommes pour cette mission. Les soldats René Bastin, André Titeux, Maurice Blaise et Julien Gennen se portent volontaires. Ils partent et rencontrent Gilbert qui est de garde près d’un pont. Déçu de ne pas avoir pu se porter volontaire, Glibert demande à André Titeux de lui laisser sa place. Ce dernier accepte. 

Les quatre hommes progressent. Le chemin longe une colline boisée et est bordé par une rivière. 

Et soudain, les soldats ennemis sont là, tout près. Ils ouvrent le feu, nos quatre volontaires ripostent. Les tirs de fusils et de grenades n’en finissent pas.

Le temps d’une accalmie, Julien porte les yeux sur son ami Gilbert. Il le voit couché au pied d’un arbre, abattu par les balles ennemies. Julien se précipite vers son ami et tombe lui aussi, grièvement blessé par une balle dans le ventre.

Il est trop tard, pour Gilbert. Il meurt à deux pas de son ami. Comment ne pas penser à la dernière lettre que Missak Manouchian envoie à sa chère Mélinée avant d’être fusillé (« Je m'étais engagé dans l'Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. ») ?

(Goronne, appel aux morts devant le monument du souvenir...)

Que faire ? Ils sont tous les trois croyants et unissent leurs prières. Maurice réclame ensuite toutes les armes et munitions de ses camarades pour couvrir la retraite de René et Julien. 

Grâce aux tirs de Maurice, les SS sont tenus à distance.

Pendant ce temps, René prend Julien sur son dos. Après un dernier regard pour Maurice et Gilbert, ils traversent la rivière sous une pluie de balles. Ils sortent de l’eau glacée et profonde quasi miraculeusement sans être touchés et peuvent se mettre à l’abri.

Plus d’une heure s’est écoulée depuis les premiers échanges de tirs. Voyant ses deux camarades hors de danger, Maurice vide encore deux chargeurs et parvient à son tour à quitter les lieux.

Julien recevra les premiers soins dans la maison du bourgmestre de Padberg. Il reviendra à Goronne après plusieurs mois d’hospitalisation. 

(Photo prise par le grand photographe de guerre Tony Vaccaro en Allemagne le 24 avril 1945. Gilbert peut-être? Certaines photos de Tony sont exposées au musée de la 83rd Infantry Division à Bihain)

Gilbert sera enterré à Padberg et, pendant quatre ans, sa tombe sera entretenue par la famille du bourgmestre de Padberg. 

Le 22 mars 1949, le corps de Gilbert sera rapatrié à Goronne. Il y sera accueilli par une foule énorme et les honneurs civils et militaires lui seront rendus.

Citations à l’ordre du jour, médailles et hautes distinctions américaines et belges marqueront la reconnaissance des autorités pour ces quatre braves.

Le 12e Bataillon de Fusiliers sera lui aussi mis à l’honneur pour son parcours et ses faits d’armes aux côtés notamment de la 75e Division d’infanterie de la 1ère Armée américaine.

Voici la citation du Commandant suprême Dwight D. Eisenhower : « Je désire exprimer mes félicitations au Douzième Bataillon de Fusiliers pour son mérite exceptionnel dans l’accomplissement de ses devoirs militaires pendant qu’il servait avec la Première Armée des États-Unis, du 12 février 1945 au 1er juin 1945.

Ce bataillon a contribué de façon matérielle au succès des opérations entreprises par l’unité avec laquelle il servait. Son esprit de corps remarquable et la volonté indomptable dont firent preuve les officiers et les hommes du 12e Bataillon Belge de Fusiliers, lui permirent d’accomplir avec plein succès toutes les missions qui lui furent confiées.

Il contribua ainsi de façon insigne à la victoire glorieuse des Nations Alliées. Les actions d’éclat de ce bataillon dans la victoire sont un sujet de fierté, non seulement pour lui-même, mais aussi pour l’armée belge tout entière. »

Le 22 avril 1977 sera célébré le jumelage entre le 12e Bataillon et le 3e Chasseurs ardennais. Rien d’étonnant dans la mesure où nombre de Chasseurs ardennais faisaient partie du 12e  Bataillon comme Gilbert Lamouline de Rencheux.

Certains anciens du 12e Bataillon se sont retrouvés l’année passée encore (en compagnie de Philippe Van Noppen, ancien du 3e Cha, qui leur a servi d’interprète) et cette année à Remagen pour le 70e anniversaire. Ils ne sont plus que quelques-uns et l’âge est là… Fernand Wauthier est leur président pour la Province de Luxembourg, toujours actif…

Pensez à Gilbert en lisant ou relisant le superbe sonnet « Le dormeur du val » d’Arthur Rimbaud.

« C'est un trou de verdure où chante une rivière, 

Accrochant follement aux herbes des haillons

D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,

Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

 

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

 

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce-le chaudement : il a froid.

 

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. »

 

Jacques Gennen, 8 mai 2015

(Gilbert Maréchal et Julien Gennen, avec trois autres volontaires)